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Publié le lundi 7 avril 2003

[ Lundi 7 avril 2003 ]

La naissance d'une puissance

Oseriez-vous aujourd'hui imaginer le Christ à la tête du minuscule État du Vatican?  Oseriez-vous le voir diriger tous ces dicastères qui entourent la basilique Saint Pierre?  L'imaginez-vous administrer toutes ces richesses dont fait étalage le prince de l'Église Catholique  de nos jours?  J'ai des difficultés à me l'imaginer  prêcher l'Évangile du haut des lôges des palais pontificaux ou dans les salles somptueuses de la résidence papale.  Je le vois plutôt prêcher son message dans les cartiers pauvres des villes ou auprès des gens simples des campagnes en tenant le même message qu'il avait adressé un jour aux autorités religieuses de son époque.  À quelques reprises, pendant deux mille ans, l'Église Catholique a eut la chance de renoncer à son pouvoir temporel  et de se donner des structures uniquement religieuses,mais elle n'a jamais sû saisir cette chance.  Il y a d'autres religions dans le monde; il y a d'autres Églises Chretiennes qui sont nées du message évangélique; ces religions ont elles besoin de structures politiques ou d'États pour annoncer la bonne parole?  En 1929, date de la signature du Concordat entre l'État Italien et le Saint siège, celui-ci a eut une chance en or de renoncer une fois pour toutes à tout pouvoir politico-temporel, d'effacer les liens avec un passé qui ne lui fait pas honneur, mais au contraire il s'est battu pour garder à tout prix les attaches temporels.

Au IVème siècle après Jésus-Christ, l'évêque africain, Augustin, avait élaboré le premier une théorie sur la notion de l'État et sur les rélations entre le spirituel et le temporel, le religieux et le politique.  Dans son livre "La cité de Dieu", L'Église apparaît comme l'incarnation terrestre de royaume du Ciel. Et en tant que société humaine, elle englobe tous les hommes, qu'elle s'efforce de hisser vers le haut.  Pour Augustin "cité terrestre" et "cité céleste" s'opposent substantiellement, parce qu'elles relevent de deux esprits contraires.  Dans la pratique l'Église et l'État peuvent collaborer à condition de ne point oublier que les fins de leurs efforts sont radicalement differents. L'Église, société chargée d'assurer le salut des fidèles, possède des droits particuliers irrécusables. Bien plus: comme l'Église a spécialement la garde de la justice et de la charité et comme l'État est légitime dans la mesure où il sert ces vertus, il s'ensuit que l'Église possède un droit de surveillance sur l'État. 

Malheureusement cette théorie qui aurait dû guider l'Église à rester à l'intérieur de sa mission, a été déviée. L'idée d'un contrôle du spirituel sur le temporel a fait dévier l'Église vers un exercice théocratique qui l'a fait glisser du contrôle spirituel à l'exercice du  pouvoir politique.  Le tout a commencé avec le chaos et la chute de l'empire romain. Les évêques et l'Église toute entière qui avaient reçus des faveurs de toute ordre de l'empereur Constatin et ses succésseurs, devant le desordre catastrophique dans lequel se retrouva l'empire, prirent partout en main  les tâches d'ordre politique, sociale et militaire.  Le papa Léon lui-même, à cet empire qui se disloque, oppose " Rome, siège du Bienheureux Pierre, par qui elle est devenue la reine de l'univers" et impose ses talents de chef et d'administrateur et avec courage négotie avec Attila le barbare qui menace ce qui reste de l'empire.  Les rois autorisent et convoquent les conciles et partout ils choisissent et nomment les évêques.  "Les princes du siècle occupent parfois les sommets du pouvoir dans l'Église, afin de protéger, par leur puissance, la discipline ecclésiastique". L'État et l'Église ne font qu'un!    

Au début du VIIème siècle la papauté a une immense influence spirituelle, mais en même temps elle detient une véritable puissance temporelle.  Le Pape n'était pas encore à la tête d'un État, mais il possédait d'immenses domaines dans toute l'Italie, dans lesquels il était pratiquement le maître. Dans la Pragmatique Sanction de 554 lui avait été reconnus de véritables droits politiques: par exemple il intervenait dans la nomination des grands fonctionnaires; il pouvait contrôler leur comptes et les faire déférer à son tribunal en cas de malvérsation; il administrait à Rome et dans le duché un grand nombre d'affaires matérielles,comme le ravitaillement,les ponts,les murailles, etc. Il avait aussi une armée laquelle combattit victorieusement aux remparts contre les forces bysantines.  Puissance donc en pleine expansion, il était devenu normal pour Rome que, profitant de l'antagonisme des Lombards et des Byzantins, elle accède pour de bon à la puissance étatique. Pour cela il fallait qu'elle se débarasse des uns et des autres.

La papauté fit recours aux Carolingiens pour atteindre ses fins.  Etienne II, alla à rencontre de Pepin et le 28 juillet 754, à Saint Denis, conmfère l'onction sainte à Pepin et à ses deux fils en déclarant "anathème quiconque ne se soumettrait pas à eux à leur descendence".  En retour,Pepin, confirma le Pape dans la possesion de Rome, Ravenne,Perouse,Commachio,etc. non plus comme des simples domaines , mais comme constituant un État. En effet l'État pontifical venait de naître et cet État devait demeurer debout pendant onze siècles (756-1870).

Les onze siècles qui suivront seront des siècles de battailles continues pour la papauté pour garder son pouvoir  et ses influences politiques.  Elle ne reculera devant rien: elle fera et défaira des alliances; elle menacera d'anathèmes de tout genre les états qui lui nuisent; elle s'abaissera par des ententes secrètes; elle ira jusqu'à favoriser et arranger des mariages entre puissants, pourvu que cela lui rapporte politiquement; elle entrera en guerre en s'alliant presque toujours avec les plus forts pour défendre ses terres; elle créera des imbroglios et ses ambassadeurs seront toujours au bon endroit de l'échiquier politique pour tirer son épingle du jeu. Ce sera ainsi avec les puissances espagnoles et portugaises; ce sera ainsi avec les rois anglais et français; ce sera ainsi avec les empereurs autrichiens et français; ce sera ainsi avec les gouvernements italiens et allemands.  Il a fallu attendre le temps des révolutions modernes pour déposseder l'Église de ses biens temporels.  Verrons-nous, un jour,  disparaître ce qui reste du pouvoir politique de l'Église.  C'est à souhaiter!

Masfrakal  

[ publié par arxkalena le 2003-04-07 18:15:11 ]

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