J'ai vu disparaître une grande famille
Nous avions été huit mille à nous soutenir mutuellement pendant la triste période de la deuxième guerre mondiale. Ensembles nous avions fait face à l'occupation allemande; ensembles nous nous sommes encouragés sous les bombardements et ensembles nous avions acceuilli la libération des griffes opprimantes du régime fasciste. Après la guerre nous avions encore une fois, jour après jour, affronté la famine, la maladie, l'insécurité et le chomage chronique.
Nous étions déshérités dans ce petit village du sud d'Italie, entre les années 1940 et 1950, mais nous étions unis par une grande solidarité, de sorte que chacun pouvait trouver dans ses frères de misère un support ou un encouragement: que de fois les voisins ont donné à manger aux enfants affamés; que de fois les plus riches ont aidé le plus pauvres; que de fois des citoyens on caché les hommes du village pour pas qu'il soient amenés sur le champ de battaille par les Allemands; que de fois ceux qui avaient des abris sûrs ont offert un refuge à ceux qui étaient exposés aux coups des canons; que de fois les femmes dont les maris étaient sur les champs de battaille ou prisonniers on trouvé réconfort auprès de leurs familles et de leurs amies! On dit que c'est dans des moments historiques troublants que l'on reconnait les traits de caractères d'un peuple; et bien le peuple de mon villagage s'est montré à la hauteur.
Ensuite vint le moment des grandes migrations et des milliers de personnes et de familles se retrouvèrent dans cette communauté nordique du Québec. Ils étaient plus que trois mille, mais ils formaient presque une famille.
On voyait les premiers arrivés acceuillir les nouveaux; on voyait certaines familles qui en avaient la possibilité offrir leur logis pour loger les nouveaux arrivants; beaucoup devenaient des guides pour les introduire sur le marché du travail, d'autres des traducteurs pour leur faciliter les tâches quotidiennes. Et pour faire face au dépaysement, à la langue, et à l'hostilité des québécois, ces nouveaux arrivés s'organisèrent autour de la paroisse. On les retrouvait tous les dimanches dans l'église et sur le perron de l'église. À cet endroit ils prenaient les nouvelles de chacun, ils recevaient des nouvelles fraîches de leur village, ils s'informaient des naissances, des mariages et des déces dans leur communauté. Leur esprit communnautaire était tellement grand qu'ils fondèrent leur propres associations sociales et religieuses où ils se retrouvaient périodiquement pour discuter d'entraide et des festivités religieuses. En peu d'années ils fondèrent une nouvelle communauté, aussi dynamique et unie que celle de leur village. Il fallait voir, pendant les vingt, vingt cinq ans qui suivirent leur arrivée, comment cette communauté s'imposait par sa présence, par ses activités sociales et religieuses. Chaque villageois en était fier, fier d'être membre de la communauté, fier de s'impliquer soit en contribuant financièrement, soit en donnant de son temps.
Les années '90 sonnèrent le glas de cette communauté vivante. Les immigrants de mon village des années '50, lesquels étaient arrivés ici avec parfois un seul fagot sur le dos, avaient désormais accédé à la richesse. Alors ils se dispersèrent dans la région métropolitaine pour se bâtir des maisons luxeuses et des piscines sur de vastes terrains, abbandonant la paroisse et la communauté (La Petite Italie) que les tenait unis. Progressivement, à cause de leur éloignement et de leur dispersion, il fut presque impossible pour eux de participer désormais aux acitivités sociales et religieuses. Il faut ausssi ajouter que les dirigeants qui s'impliquaient dans les associations civiles ou religieuses manquèrent de vision. Normalement ils auraient dû transmettre leurs traditions et le goût de la conituité à la nouvelle génération en leur passant le flambeau. Or ils gardèrent le pouvoir pour eux; conséquence: leur activités sociales et religieuses sont tombées en désuétude.
Un exemple fait bien comprendre le triste sort qui attendait cette grande famille de mon village.
1957: Je me souviens avoir participé à la fête,(importée de mon village), de la Sainte Vierge "Notre Dâme de la Difesa", dans la Petite Italie. L'église était bondée de gens de mon village, de tous les âges; sur le parvis de l'église beaucoup d'associations religieuses affichaient leurs étandards pour participer à la procession de la Vièrge; plus qu'une fanfare suivait la procession; des enfants en habits blancs précédaient la procession et une foule énorme qui occupait les rues Dante, Drolet, Bélanger, Saint Zotique, participait à la fête. Partout sur les trotoirs j'entendais le son du dialect de mon village et à tout les coins de rues, ainsi que devant les cafés et les bars je reconnaissais mes villageois qui se racontaient leur vie. Tard le soir, par milliers, les villageois avaient assisté au traditionel feu d'artifice.
2002: J'ai encore participé à la même fête, mais quelle désolation! L'église était à moitié vide; sur le parvis un étendard ou deux regrouppait quelques vielles dâmes; une fanfare de vieux musiciens réussisait avec fatigue à jouer des motifs d'autres temps et quelques vielles dâmes se traînaient derrière la statue de la Vierge en chantant de vieux cantiques. J'ai essayé de reconnaître quelques villageois; ils étaeint très rares sur les trottoirs de la rue Dante et encore plus rares ceux de la nouvelle génération; il m'a semblé reconnaître l'accent de mon village qui se confondait avec d'autres languages.
En ce dimanche du mois d'août 2002, je me suis dit: voilà une paroisse qui se meurt; voilà des traditions qui meurent; voilà une grande famille qui disparaît; c'est la fin de la solidarité d'un village toujours uni dans les épreuves, mais que l'Amérique aura assimilé
Masfrakal