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Publié le samedi 19 avril 2003

[ Samedi 19 avril 2003 ]

L'Infernale Inquisition

Parmi les pages les plus tristes de l'histoire de l'Église Catholique, celles de la Sainte Inquisition resteront pour toujours les pages les plus honteuses  de cette institution.  Comment une telle institution qui doit prêcher le pardon , la charité et le salut de toutes les âmes a pu se fourvoyer à tel point que jamais une institution n'a torturé, enprisoné, puni, brulé vifs autant d'innocents dans tout l'occident chrétien?  Et bien la reponse est simple.  L'Église, dès le bas moyen-âge,  était devenue une puissance politique en Éurope; elle ne voulait pas perdre son pouvoir; alors, devant des mouvements de contestation collectifs et individuels, elle créa l'Inquisition.  Ce n'est pas la foi qu'elle voulait défendre, mais ses terres et ses biens, ses alliances et l'influence qu'elle avait sur les royaumes les plus puissants de l'époque.  Des simples chrétiens, des écclésiastiques, des théologiens, des chercheurs, des hommes et des femmes ont été torturés, emprisonnés à vie, brutalisés, brulés vifs, pendant des siècles, par ce régime de terreur, tout simplement pour protéger son empire dictatorial.   

L'Inquisition a chassé les Maures et les Juifs de l'Espagne, elle a mené une lutte féroce contre les Vaudois et les Cathares; elle a essayé d'écraser les protestants et leurs sympathisants; elle a fait bruler les ouvres des libres penseurs; elle a fait tomber des princes de leurs sièges; elle a imposé une pensée unique et immuable; elle a réduit au silence les nouveaux courants théologiques; elle a condamné et livré aux pouvoirs publics les prêtres des opprimés.   De l'Espagne à l'Allemagne, de la Belgique au royaume de Naples, en Éurope comme en Amérique, l'Église Catholique a triomphé et survécue grâce à l'Inquisition.

Et pourtant cette même Église avait agit avec modération pendant onze siècles d'histoire.  Face aux hérésies qui avaient surgies nombreuses en orient et en occident  elle  était restée fidèle en général à la doctrine des Saints Pères :"Fides suadenda, non imponenda" (La foi il faut la répandre par la pesuasion et non par la force).  Qu'est-ce-que décida Rome à plonger dans cet absolutisme tyrannique?   Dabord la menace grandissante des hérésies sur tout le territoire éuropéen, ensuite les abus commis par les princes qui pour réprimer les hérésies sur leur territoire (crimes de lese-majesté, selon leurs convictions) ne reculaient devant aucun moyen de repression.  Elle croyait faire mieux, certes; mais cela ne fut pas le cas.

Elle se donna donc une organisation légale pour lutter contre l'hérésie et mis en oeuvre les moyens de repression plus efficaces, plus rapides, plus définitifs.   C’est avec le pontife Innocent III ( 1198-1216) que la nouvelle procédure va prendre corps; on passe d’une procédure par accusation ( où le point de départ est une délation ) à une procédure qui permet de poursuivre d’office et d’incarcérer toute personne vaguement soupçonnée, ce qui rend possible une répression véloce et efficace. Le concile oecuménique de 1215 reprend et officialise toutes les dispositions concernant la répression des hérésies. Reste à l'institutionnaliser et  c’est le rôle du pape Grégoire IX avec la Constitution Excommunicamus de février 1231.  A partir de cette date, l’Inquisition est vraiment née, elle est d’origine pontificale et elle incombe totalement aux évêques.

C’est dans le Saint Empire Romain Germanique que Grégoire IX expérimente pour la première fois sa constitution de 1231. Pour se faire, il nomme un prêtre : Conrad de Marbourg. Celui-ci a pour unique tache la poursuite de l’hérésie, il a pour ce faire des pouvoirs quasi-illimités, possibilité d’user de l’excommunication, de l’interdit, de faire appel au bras séculier pour exécuter ses jugements , il domine un tribunal composé de plusieurs juges qui lui sont totalement assujettis.   Notons que le choix de Conrad de Marbourg fut malencontreux car ce dernier se comportera de façon excessive, multipliant les bûchers, usant grâce au recours du bras séculier d’une violence littéralement injustifiée. Il finira par se faire assassiner en juillet 1233 ( la date mérite d’être retenue, c’est le premier cas d’assassinat d’un inquisiteur ). Surtout, elle marque l’échec de l’inquisition dans l’Empire. 

Grégoire IX va réagir en conséquence en promulguant une mesure importante : avec l’Inquisitio Hereticae Pravitatis d'avril 1233, désormais, les évêques et les autres prélats sont dessaisis de la chasse des hérésies, tache dès lors exclusivement confiée aux Mendiants ( et avant tout aux dominicains ou prêcheurs). L’Inquisition change ainsi de caractère, on passe d’une Inquisition épiscopale à une institution essentiellement pontificale. L’Inquisition connaît  ensuite une expansionsi tellement rapide, que toute la chrétienté est concernée dès la moitié du XIII ième ( sauf l’Angleterre ).   En avril 1233, la papauté promulgue l’Inquisitio Hereticae Pravitatis : l’Inquisition est étendue au royaume de France et aux régions limitrophes et est confiée aux dominicains.  Fin 1233, c'est la mise en place des premiers tribunaux dans le midi ( Avignon, Toulouse ...). En 1237, des juges sont installés à Carcassonne. Et en Italie, l’Inquisition s’installe à son tour vers 1235-1237.

Le France sera le théatre privilégié de l'Inquisition dû, bien sûr, à la présence de forts contingents d'hérétiques, Vaudois et Cathares notamment.  En effet dans cette region hostile à l'Église Catholique plusieurs inquisiteurs y perdirent leur vie.  Mais cela n'empêcha pas l'Inquisition de progresser partout jusqu'à la fin du XIII siècle : en 1252 la torture est reconnue officiellement; en 1256 le pape Alexandre IV accorde aux inquisiteurs le droit de se relever mutuellement de l'excommunication; à Vérone, en février 1278, 200 Cathares terminent leurs jours sur un bûcher. 

En 1479, l'inquisition déclinante en France pris la relève en Espagne.  Dans ce pays elle se distingue par des traits caractéristiques qui en font un pays à part dans le monde catholique de l'inquisition : elle resta sous le contrôle de l'État pendant que les acteurs étaient des hommes d'église; elle s'attaqua surtout aux minorités religieuses, juifs et autres; elle réussit à empêcher la pénétration du protestantisme dans le pays ainsi que la pénétration de la philosophie des lumières et les idées de la révolution française;  elle s'est fait remarquer aussi par le grand nombre de victimes et par sa structure mixte à la fois religieuse et étatique; et, triste record, elle fut l'inquisition fonctionnelle la plus longue de l'Église en Éurope,car elle ne fut dissoute qu'en 1820.

Je vous épargne dans ce texte la description des tortures infligées à ceux qui étaient victimes de délations  par des instruments horribles, dépassant toute imagination  ( La vierge de métal, le masque de fer chauffé à blanc que l'on posait sur le visage pour obtenir une réponse; le chevalet, le pilori ; sans parler des autres, comme les carcans, chaises à clous, fers brûlants, rouleaux à épines, tourniquets, brodequins,pilori, roue, chevalet...,etc.. etc.).  Je vous épargne aussi la description de ce qui se passait lors d'un intérrogatoire et je vous rappelle seulement que des pauvres hommes et des pauvres femmes ont été les victimes de leurs propres concitoyens, "chrétiens", jaloux ou envieux qui accusaient les autres pour sauver leur peau. Je vous rappele que des savants,des théologiens, ont été brulés vifs, ont passé des années en prison,ont dû renmoncer à leurs découvertes pour ne pas aller à l'encontre de la doctrine "immuable" d'une église qui prêchait la révélation comme vérité absolue face à science. Que d'humiliations pour ces hommes exceptionels qui furent Savaranola, Giordano Bruno,Galileo, Copernic et des milliers d'autres.

Aujourd'hui l'Église Catholique semble faire amende honorable, sans avoir totalement renoncé à museler les théologiens modernes ou les prêtres avangardistes.  Le 7 décembre 1965 le pape Paul VI a effacé l'ancien nom de l'institution appelée Inquisition en l'appelant "Congréagation pour la doctrine de la Foi".  Mais l'histoire de la Sainte Inquisition qui est gardée dans les archives du Vatican, ouverts maintenant aux savants du monde entier, reste la seule consolation pour un monde qui veut savoir.

Masfrakal

 

[ publié par arxkalena le 2003-04-19 09:05:46 ]

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2 Commentaires :

Commentaire écrit le samedi 5 juillet 2003 à 17:06:38 (lien)

Bien à point ce commentaire. Je suis porté à croire que même les quelques confessions publiques de Rome ne touchent plus personne.
Ce qui toucherai le monde et en particulier les quelques vrais chrétiens qui restent ce serait un modernisme de la pensée ecclésiale, une reforme de fond en comble des structures, une démolitions de cet édifice pour en reconstruire un autre en s'ispirant seulement de l'évangile ou presque.
Masfrakal


Commentaire écrit le lundi 2 juin 2003 à 18:55:01 (lien)
Denis Bernard
La désertion des églises qui l'on voit aujourd'hui est tributaire du mensonge que l'église entretient sur son histoire et à sa non confession publique de ses déviations. Si elle ne réussit pas à reconnaître ses moments noir (ses péchés), comment peut-elle aider ses fidèles à trouver la lumière.Je pense que beaucoup de personnes ont compris que l'institution est dépassée, sclérosé et que ceux qui la dirigent son enfermé dans leur léthargie, leur peur de perdre leurs privilèges. La mentalité de pouvoir de l'église à peu changer l'inquisition, cependant l'institution ne fait plus peur au peuple. Dieu prend d'autre chemin pour communiquer avec l'humain.


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