Nous voilà en pleine guerre! Ce n'est pas la première guerredont je suis témoin, mais c'est la première de ce XXIème siècle. Pour celle-ci je suis un témoin lointain, tandis que les souvenirs dont je vous fais part ici, ce sont des souvenirs d'une guerre dont j'ai connu toutes les misères.
Une nuit, en pleine campagne , au bord du fleuve Biferno, je fut témoin du retrait des forces allemandes de mon village. Le sommeil était difficile; j'entendais les motorisés et les chars d'assaut traverser le pont sur le fleuve pour aller crééer une ligne de résistance plus au nord. Tout à coup il y eut une très grande déflagration. Les allemands, après avoir fait traverser le dernier char d'assaut, firent sauter le pont.
Nous regagnâmes vite le village en pensant tous que les allemands étaient partis. A' notre retour au village nous nous aperçumes que l'état major était encore là, ainsi qu'un certain nombre des troupes d'arrière garde. Le jour même les bombes alliées se mirent à pleuvoir sur la village et sur les troupes en fuite au nord du fleuve.
Il n'y avait pas d'autres solutions que de se cacher dans un endroit sécuritaire. Avec plusieures autres familles, nous nous retrouvâmes dans une cave soutéraine sur laquelle était bâtie une maison voisine de la nôtre. Pendant deux semaines ce fut l'enfer : les bombes passaient sur nos têtes avec un sifflement épeurant. Parfois elles explosaient proche,parfois loin, mais à chacune d'elles les femmes criaient, les enfants pleuraient. Nous fûmes ténaillés par la faim et la soif et épuisés par le manque de sommeil. Après les coups de canons, se furent les bruits des rafâles de mitrailleuses et d'armes à courte portée. Nous comprenions maintenant que la lutte se faisait dans les bois et dans les champs. Nous savions que nos sauveurs étaient proches.
Masfrakal