L'infaillibilité, vraiment nécessaire?
Il y a des faits historiques qui sont contestables surtout quand ils ont un impact séculaire sur la vie des croyants. L'infaillibilité pontificale est un de ces faits historiques dont encore aujourd'hui on peut mettre en cause l'opportunité. Je rapelle que la proclamation de ce dogme est en contradiction avec les textes des Évangiles, car l'Église est avant tout "Apostolique", c'est-à-dire gouvernée par Pierre et les apôtres, présents en leurs succésseurs, le Pape et le collège des évêques. Alors pourquoi, après tant de siècles, Rome a senti le besoin de proclamer l'infaillibilité du Pape? Ne l'était-il pas auparavant, et ce serait-il trompé par le passé dans ses décisions d'ordre théologique et morale? La force spirituelle et morale de l'Église n'aurait-elle pas été plus grande si elle se serait reformée de l'intérieur, en revenant à l'Évangile, comme le demandaient les réformateurs depuis le XVIème, au lieu de se donner un pouvoir qui est venu élargir le fossé parmi les croyants, protestants et orthodoxes ?
Disons que souvent l'Église de Rome a réagit dans ses décisions à son époque,c'est-à-dire aux politiques des états éuropéens ainsi qu'aux idéologies qui ont prévalues sur ce continent. Et c'est ce qui s'est passé lors du concile Vatican I et la proclamation de l'Infaillibilité Pontificale.
Un premier mouvement qui a favorisé la venue de ce dogme est venu de France. Il existait dans ce pays,pendant tout le XIX siècle, un mouvement qui s'appelait l'"ultramontanisme" qui défendait la papauté et ses intérêts contre les attaques virulents du "gallicanisme" qui lui soutenait une grande autonomie face au pouvoir de Rome. La force des ultramontains fut très grande et avant le concile et pendant le concile et réussit non seulement à préparer les mentalités, mais aussi à influencer grandement le vote pour la proclamation du dogme. Disons qu'il y eut des oppositions,mais elles ne réussirent pas à bloquer le projet: ce fut le cas en France et en Allemagne, où des évêques, des prêtres et des intellectuels lui furent opposés, tel Monseigneur Dupanloup, évêque d'Orléans, un libéral longtemps ultramontain qui redoutait à la fin une centralisation romaine excessive et des orientations autoritaires inopportunes; et tel le théologien Dollinger et autres intellectuels du milieu universitaire allemand.
Un autre facteur qui joua en faveur de la préparation des mentalités face à ce dogme furent les malheurs politiques qui ce sont abattus sur le Pape Pie IX qui lui attirèrent une sympathie populaire sans précédent. Le Pape y vit un appui providentiel à ses efforts pour renforcer l'autorité du Saint-Siège et ainsi assurer la restauration de la vie religieuse, menacée par la vague montante d'un libéralisme majoritairement anticlérical ; donc, tout naturellement, il se fit un plaisir d' encourager le mouvement ultramontain et ses idées, notamment celle de l'infaillibilité pontificale.
Mais un troisième facteur eut une influence considérable dans la promotion et la proclamation de l'Infaillibilité et ce fut la perte du pouvoir politique du Vatican et la perte de ses États Pontificaux. Le Pape en prévoyant la perte de ses États et en prévoyant la perte des appuis traditionels des États Éuropéens, s'est adonné entre les années '60 et '70, à une oeuvre de réstauration doctrinale et disciplinaire intransigeante qui indiquait clairement vouloir se passer de leurs vouloirs et de leurs influences pour se centrer sur la protection des valeurs intérieures de l'Église. Il fallait préserver les fondations de la doctrine catholique et préserver le magistère pontifical des assauts du révisionisme libéral héretique, plus dangereux que la démagogie anticléricale. Devant les troupes italiennes qui venaient le déposséder de ses terres et de son pouvoir temporel, le Pape comprit que l'Église de Rome pouvait être sauver seulement en se donnant une nouvelle mission, non plus temporelle, mais spirituelle qui aurait fait de lui le chef spirituel de la chrétienneté. Fini les alliances avec les États et les nouveaux nationalismes qui surgissaient en Éurope, pour créer une alliance avec le peuple chrétien de la planete. Le Pape se servira du Concile Vatican I pour promouvoir cette nouvelle idéologie et avec elle la primauté absolu du Souverain Pontife.
Le 13 juillet 1870 le concile approuvait le texte qui affirmait l'Infaillibilité Pontificale: " Nous enseignons et proclamons comme un dogme révélé de Dieu :Le pontife romain, lorsqu'il parle EX CATHEDRA, c'est à dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine, EN MATIERE DE FOI OU DE MORALE, doit être admise par toute l'Eglise, jouit par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette INFAILLIBILITE dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue l'Eglise, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables de par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Eglise. "
Même si le concile avait assuré ses membres les Évêques qui gouverneraient en collégialité avec le Pape, le siècle qui a suivi a démontré que les Papes ont gouverné d'une main de fer en gardant les Évêques sous le boisseau. Il faut carrement admettre que l'accent mis par Vatican I sur les pouvoirs du Pape a créé un désiquilibre dans le gouvernement de l'Église en faveur du Pape. Celui-ci est reconnu infaillible non seulement dans certains domaines ayant trait à la foi,mais il se voit également doté très officielement d'un pouvoir plenier et souverain de jurisdiction sur toute l'Église. C'est seulement le concile Vatican II qui viendra corriger (en principe) cette situation. Mais en réalité tout cela ne change rien, car le Pape continu de gouverner en maître sur l'Église entière. L'épiscopat est muselé encore aujourd'hui et il ne peut rien devant la pensée et les direcitves de Rome. N'oublions pas non plus que la proclamation de ce dogme a éloigné les églises chrétiennes et orthodoxes qui contestent depuis des siècles les pouvoirs du Pape de Rome.
Ce dogme est-il vraiment nécessaire? Non, quand on regarde la simplicité avec laquelle l'Évangile a été annoncé et quand on sait que le Christ n'a rien voulu de ce pouvoir,qui ressemble trop aux pouvoirs de ce monde. La curie Romaine n'a rien compri et elle traine toujours le poid qui la rendue vulnérable à partir du jour où l'empereur Constatin l'a associée au pouvoir séculier.
Masfrakal