À chacun son héros.

Nous avons tous besoin d'un héros, à tout âge. Nous nous en fabriquons facilement pour satisfaire notre ego et stimuler notre existence. Toutefois les héros que nous choisissons dépassent souvent nos capacités et nous ne sommes pas toujours en mesure de les suivre. Mon héros à moi je l'ai choisi parce qu'il était à ma mesure et sa vie a été un stimulant réel pour moi.
La guerre était presque terminée, les armistices signés et nous n'avions pas de nouvelles de mon père qui était parti pour l'Afrique défendre les térritoires italiens depuis le 18 mars 1940. Nous avions sû qu'il avait été fait prisonnier le premier décembre 1941, après ce fut le silence tombal. Ce soldat de carrière m'impressionne par son curriculum militaire. Il a été de toutes les guerres, la première guerre mondiale(1920), les conquêtes italiennes d'Afrique('35-'36), la guerre d'Espagne (1939) et la dernière guerre mondiale(1940-1946).
Mais je reviens à décembre 1941 au moment où il fut fait prisonnier. J'ai appris plus tard de sa bouche combien les dernière semaines avant sa capture furent très héroiques. Les forces alliées avançaient facilement en Erythrée, mais les britanniques qui devaient occuper la ville de Gondar trouvèrent une resistance farouche devant la forteresse de cette ville. Mon père était dans la forteresse et avec lui il y avait à peine une poignée d'hommes. Ces intrépides furent assiégés pendant un mois de temps; à la fin n'ayant plus de munitions et surtout n'ayant plus de vivres, ils durent se rendre aux forces britanniques. Quelle ne fut la râge de ces derniers de constater qu'une poignée d'hommes leur résista si longtemps.
C'est à ce moment là que commença le calvaire le plus long pour mon père. La longue colonne de prisonniers dû marcher une semaine et plus jusqu'au port de mer le plus proche, pour être ensuite acheninée par bateau vers une région marécageuse des Indes Orientales. Dans cette région infecte mon père fut privé de liberté pendant cinq ans, il dût subir beaucoup de restrictions (entre autre celle de ne pouvoir écrire) et fut exposé à la malaria qui faillit lui ôter la vie.
Ma mère ne se laissa pas affecter par sa longue absence et garda toujours l'espoir de le revoir vivant. Vers la mi-août 1946 nous étions aux champs; il faisait une chaleur torride, quand vers la fin de l'aprè-midi quelqu'un vint nous avertir que mon père était de retour. Sans plus penser à la fatigue, ni à la chaleur, nous courûmes à sa rencontre. Ma joie fut grande, mais ma peine autant de voir un homme décharné, pâle, marqué par les souffrances du camp de concentration. Un seul homme suffisait à me faire comprendre les horreurs de la guerre! Mais derrière tant de souffrance je voyais un homme toujours en vie et qui pour moi a été et sera toujours un héros.
Masfrakal