Un soldat au coeur tendre

Je me souviendrai toujours d'un fait très touchant dont je fus le chanceux bénéficiaire pendant la deuxième guerre mondiale. Voici mon souvenir. Depuis plusieurs mois la guerre faisait râge non loin de mon village et puis un beau jour on vit arriver les troupes allemandes. Très vite elles prirent possession des lieux.: les comandants s'approprièrent les meilleures résidences et les soldats s'installèrent dans les rues, dans l'école ou en périphérie du village. Une compagnie s'installa en plein dans ma rue avec armements lourd et camions.
Ma mère ne cessait de faire des mises en garde et je sentais qu'elle était craintive, inquiète. Du reste l'atmosphère était lourde parmi les habitants. Et cela se comprends : les forces italiennes avaient changé de camp du jour au lendemain. Elles avaient laissé tombé les allemands avec qui ils étaient associés pendant toute la guerre et après le debarquement des forces alliées en Sicile, firent alliance avec ces dernières pour chasser leurs nouveaux énnemis de la peninsule.
Les soldats étaient nerveux et surtout affamés. Pour se nourrir ils rafflaient tout ce qu'ils trouvaient dans les maisons et dans les campagnes. Un jour ils décidèrent, armes à la main, de raffler tous les cochons du village pour s'approvisionner en viande.
Ce jour là ma mère eut encore plus peur; alors elle décida que nous partions nous refuger en lieu sûr, en campagne. En quelques minutes nos effets personnels se retrouvèrent à l'intérieur de draps et partîmes vers la campagne, à une douzaine de kilomètres du village.
C'était une journée pluvieuse; moi je marchais dans la boue, pieds nus; ma mère et ma soeur me suivaient, déjà trempes à lavette. Mais juste avant de nous engouffrer dans les bois, nous décidâmes de nous arrêter pour saluer les propriétaires de l'abattoir du village, comme pour faire les adieux à quequ'un ou à ce qui était notre vie. Et c'est là que se produisit quelque chose de surprenant. J'étais entré tout seul dans l'abattoir pour dire au propriétaire que nous étions là, quand j'aperçu des bouchers à l'oeuvre sous le regard des allemands. On abattait les cochons rafflés les jours précédents. Un allemand s'aperçu de ma présence et surtout de mon état famélique. Alors d'un pas rapide se dirigea vers un comptoir, il prit un gros deux kilos de viande, l'envelopa, soigneusement, dans un vieux papier journal, revint vers moi et me dit: "Tiens ça c'est pour toi!"
Que s'est-il passé à ce moment là dans son esprit? En me voyant avait-il repensé à son fils qu'il avait laissé en Allemagne et qui, peut-être, lui aussi souffrait de la faim?
Routardix