De persécuté à persécutrice!
Si vous lisez l'histoire de l'Église catholique, vous remarquerez combien elle insiste sur les persécutions subies, surtout pendant les deux premiers siècles de son histoire. Or celle qui était persécutée est devenue persécutrice. Elle l'a été moins en se maculant de sang, mais facilement en excluant, en rejetant, en condamnant et surtout en niant l'existance à un peuple entier qui refusait son credo. Vous aurez compris, je parle ici de l'Église et du peuple Juif.
Aujourd'hui l'Église de Rome, le Vatican, voudrait effacer ces tâches qui noircissent son histoire; elle voudrait se rapprocher de ses "Frères Juifs"; mais le fossé est tellement grand , infrachissable qu'il faut perdre espoir de voir le jour du rapprochement. Ce ne sont pas les bons sentiments, ni les belles déclarations qui peuvent effacer des siècles de mepris et d'exclusion. Lorsque, dans une famille, deux frères ‘ne se parlent plus’, la réconciliation devient, avec le temps, une cause désespérée, car le temps n'arrange rien ; bien au contraire, il creuse et nécrose les blessures.
Et puis les obsatcles ne sont pas seulement d'ordre historique, mais d'abord théologique. On voit mal comment les mystères de la Sainte Trinité et de l'Incarnation, la personne de Jésus et sa résurrection pourraient faire l'objet d'un dialogue constructif. Par contre, les uns et les autres devraient pouvoir abandonner, au nom même de leurs Ecritures, la notion de responsabilité et de culpabilité collectives. Rien à faire; la preuve, les efforts du Concile Vaticant II, n'ont servi presque à rien.
Il n'est pas question pour moi de refaire ici l'histoire de la cassure. Nous savons que les Évangiles eux-mêmes sont pleins de références dures envers les Juifs; nous savons combiens ces deux peuples croyants se sont jetés d'accusations où moment l'un et l'autre tentaient de s'introduire dans le monde romain; nous savons combien certains Pères de l'Église se sont forcés de montrer que le peuple Juif était un peuple rejeté par Dieu. Cyrille de Jérusalem (+386), par exemple, écrit: "Jérémie voyait votre ruine ; il contemplait votre chute ; il pleurait la Jérusalem d'alors car celle d'aujourd'hui ne sera pas pleurée. L'une en effet a crucifié le Christ ; l'autre, celle d'aujourd'hui, l'adore. A partir du moment où les Juifs, en raison des embûches qu'ils suscitèrent contre le Seigneur, furent rejetés de sa faveur, le Sauveur institua, à partir des païens, une seconde assemblée (ekklèsia), notre sainte Eglise à nous chrétiens".
Des siècles de polémiques et de haine ont laissé des traces profondes et quand l'Église de Rome devint toute puissante dans tout l'occident, elle s'est montrée très dure -souvent appuyée par les États- envers le peuple Juif. Pendant des siècles des mesures humiliantes ont été prises partout il y avait des communautés juives, à tel point qu'on peut se demander comment ce peuple existe encore aujourd'hui sur terre.
Pour illustrer la persécutions de l'Eglise envers les Juifs, prenons, tout simplement, quelques exemples de la ville de Rome, la ville des Papes. Pendant les années 1200 il y avait à Rome toute une classe de Juifs instruits, philosophes, traducteurs, copistes ,lettrés, une vraie élite. Le Pape Grégoire IX est très préoccupé par cette effervescence intellectuelle et religieuse. Il n'hésite pas; en 1239 fait confisquer tous les textes du Talmud considéré comme un livre hérétique et contraire à la foi chrétienne. Ce geste aura suffit pour créér une grande aversion pour les Juifs dans la ville.En 1348 una grande épidémie de peste frappe la ville. À qui la faute ? Aux Juifs qui sont accusés d'avoir été à l'origine de la contagion. Les voilà encore hais et rejetés.
Pendant la période de la Contre Réforme les États catholiques du Portugal, de l'Espagne, de Sicile chassent carrement les Juifs de leurs pays. Parmi eux beaucoup se réfugient à Rome. Voilà donc une bonne occasion de convertir ces "hérétiques" qui ne veulent rien savoir et resistent à l'esprit missionnaire surgit tout droit du Concile de Trente. Impatient le Pape fait bruler (1553) à nouveau tous les livre du Talmud.
Ce qui devait arriver, arriva. En 1555, le Pape Paul IV proclame un décret "Cum nimis absurdum" contre les Juifs en les privant de beaucoup de libertés. Ils sont obligés de vivre dans un quartier separé, un ghetto entouré de murs. Des gardes, choisis et payés à même les exclus, les empêchent de sortir du ghetto. Ils sont obligés de vendre tous leurs biens immeubles aux chrétiens. Doivent afficher un symbole jaune sur leur habit. Il ne peuvent avoir qu'une seule synagogue. Il ne leur sont permises que deux activités économiques, la revente des chiffons et le prêt de l'argent à un intérêt contrôlé (des usuriers donc par volonté papale!)
Pendant trois siècle les Juifs de Rome seront tenus dans le ghetto. Il aura fallu la grande tourmente revolutionnaire de 1848 pour convaincre Pie IX à abattre les murs du ghetto. Et il aura fallu attendre l'arrivée des troupes italiennes en 1870 qui ont depossedé le Pape des États Pontificaux pour que les Juifs de Rome soient traités avec les mêmes droits que tous les autres citoyens.
Voilà une page très triste de l'Église Catholique. Elle reflète le comportement de l'Église dans tous les pays où était presente la religion chrétienne. Le seul geste de bonne volonté que cette institution pourrait faire serait de ne plus se pretendre detentrice de l'Unique Vérité et respecter la foi des autres peuples.
Masfrakal